Cause animale et communication électoraliste #1 – Jean-Luc Mélenchon et les poissons

J’ai récemment écris un article sur ce blog à propos d’une intervention télévisée de Jean-Luc Mélenchon à l’occasion de la campagne électorale pour 2017. Ce qui avait attiré mon attention était entre autres la question de la constituante et du changement de système politique, du nucléaire, mais aussi la sortie des protéines animales. Et bien, j’ai envie de parler de la cause animale et de la communication électoraliste qui surfe sur ce thème.

Pendant longtemps, la cause animale n’était pas ce qui préoccupait beaucoup les politicien.e.s dans leur campagne électorale. D’ailleurs, que ce soit en politique ou dans les média, ce sujet était même soit totalement mis de côté, soit carrément moqué. Les seuls mouvements et partis politiques qui avaient un peu plus d’intérêt pour cette question étaient principalement écologistes, ce qui explique que les vegans sont souvent vu comme des écologistes avant tout autres idées politiques, fussent-ils de gauche ou de droite, voir d’extrême droite. Oui, des vegans d’extrême droite, moi aussi ça me choque, mais ça existe pourtant bel et bien 🙁

Depuis quelques temps, on assiste à l’apparition de propositions politiques de plus en plus en faveur des « animaux » et d’une réduction des protéines animales. Quand on est abolitionniste comme moi, on peut avoir envie de s’en réjouir et même de se remettre à voter, quand on est aussi abstentionniste, comme je le disais dans mon autre article. Mais, justement faut-il réellement se réjouir de cette communication ? Est-ce une communication sincère ou juste une manœuvre électoraliste ? Et surtout, est-ce qu’il s’agit là bel et bien d’éveil à la reconnaissance du specisme et une remise en question profonde de nos conceptions culturelles ou est-ce finalement du pur welfarisme ? Et bien, je vais essayer de faire une toute petite analyse de quelques informations glanées sur Internet, en essayant de faire un peu le tour des candidats qui communiquent là-dessus.

Pour les personnes qui me lisent et qui ne seraient pas coutumier.e.s du terme « welfarisme », en voici une explication. Dans la cause animale, le welfarisme devrait être le fait de tout faire pour le bien-être des animaux. Mais, ce terme est plus tôt utilisé pour désigner le fait d’améliorer le sort des animaux sans pour autant remettre en question ce même sort qu’on leur réserve. Cela passe par un discours amoindrissant la question de la cause animale, réduisant le sujet à ce qui dérange l’opinion public concernant le traitement des animaux et par des actions permettant de toujours exploiter les animaux à la manière de marchandises dont on reconnaitrait tout de même la sensibilité. A l’origine, le terme welfarisme vient des économistes et est une critique de l’État Providence qui, dans le capitalisme, apporterait des avantages très relatives aux travailleurs et travailleuses sans remettre en cause le productivisme et la compétitivité, ni même l’exploitation des classes laborieuses en elle-même. Ainsi, ces avantages donnent l’illusion d’un mieux être aux masses qui donc finissent pas ne plus réclamer mieux alors même qu’ils en auraient tout à fait le droit.

Ceci étant dit, voyons voir ce qu’il en est sur la question animale dans la campagne électorale pour la présidence de la république française. Je vais commencer par Jean-Luc Mélenchon et son mouvement « la France insoumise » puisque je m’étais interrogée dernièrement à son sujet. Dans l’émission « On n’est pas couché », le candidat du Front de Gauche avait terminé sa liste des 10 actions concrètes une fois élu, par la sortie des protéines animales. Contrairement à la plus part des personnalités politiques, on a pu le voir, déjà bien avant la campagne de 2017 dans des émissions d’une toute autre nature que l’émission de Laurent Ruquier, pour tenter de toucher tout les publics. Une stratégie qui est plus tôt intelligente et qui au fond colle bien à l’idée du représentant des citoyens et citoyennes qui peuvent aussi préférer des émissions comme « Touche pas à mon poste ». Ainsi, début septembre, on a pu voir Jean-Luc Mélenchon dans le magazine Gala, parler de sa salade de quinoa. Ce dernier confie faire une sorte de régime végétarien.
Gala.fr : Video Jean-Luc Melenchon – Les secrets de son régime.

L’ennuis est que lorsqu’il présente les ingrédients de sa recette il termine par des crevettes. Pour la sortie des protéines animales, ce n’est pas gagné. De plus, il précise bien qu’il a besoin de faire un régime minceur avant chaque campagne électorale. En effet, lors des présidentielles de 2012, Jean-Luc Mélenchon faisait souvent savoir qu’il suivait un régime pour s’assurer un bon sommeil et favoriser sa mémoire, entre autres. Et bien c’est toujours la même raison qui motive le candidat à suivre ce régime. D’ailleurs, il précise aussi deux choses. Il fait des efforts pour manger moins de protéines carnées. Et pas pour arrêter. Et de plus, c’est, je cite, « une bonne façon de militer contre la souffrance animale et contre un système de surproduction qui se fait au détriment de la viande de qualité ». Nous avons là deux indices indiscutables du welfarisme dans sa communication, c’est à dire militer « contre la souffrance animale », et non contre la mise à mort et la fin de l’exploitation. Et le deuxième indice est la viande de qualité, qui n’est autre qu’un message pour rassurer les éleveurs et bouchers. Pour finir, il faut rappeler que dans son programme, il met l’accent sur l’économie de la mer. Cette économie n’est pas uniquement axée sur les éoliennes offshores ou la culture des algues, mais bel et bien sur la pêche. D’ailleurs là encore, sa communication est très clair à ce sujet.

Je vais finalement faire cet article en plusieurs parties, car je vois que j’aurais beaucoup à dire pour faire le tour des candidats. Dans celui-ci, j’aurais pu y passer un peu plus de temps pour chercher d’autres choses concernant le candidat de la France insoumise. J’en reparlerais parce qu’il n’y a pas que des points négatifs à dire, mais là je voulais surtout répondre à l’enthousiasme un peu rapide de végés qui ne savaient pas tout à ce sujet 🙂

Si vous avez aimé cet article, vous pouvez me faire un don en Ethereum 🙂
Ethereum : 0xab7dD988aD7348C75db90343591596974A435803

2 réflexions sur « Cause animale et communication électoraliste #1 – Jean-Luc Mélenchon et les poissons »

  1. Et pourtant il est le seul candidat officiel à parler publiquement de souffrance animale et de réduction de matières carnées, nécessaires à moyen et long terme pour l’humanité, c’est évident.

    Je trouve cela nouveau et courageux. Il a plus à perdre qu’à gagner avec ce type d’arguments face au grand public, peu amené à réfléchir à ses sujets par les médias ou les politiciens en général.

    1. Les prochains articles sur ce thème parlerons des autres partis qui traitent aussi la question animale. Ce sera l’occasion de vérifier si il est bien le seul à parler de ça et si c’est vraiment nouveau 🙂

      Je ne suis pas d’accord sur le fait qu’il aurait plus à y perdre qu’à y gagner. Depuis quelques années, les associations comme L214 par exemple ont de plus en plus la parole dans les média et leurs actions mettent la question des conditions animales au centre des préoccupations sociétales, et donc politiques. De plus, même des intellectuels et journalistes se mettent à en parler, à sortir plus de livres qu’avant sur ce sujet. Le public se montre lui aussi préoccupé par la souffrance des animaux et les conditions d’élevage. La question de la qualité de la viande, des conséquences sur la santé humaine et l’environnement d’une production de plus en plus intensive et mécanisée intéressent beaucoup la jeunesse en âge de voter. Cette jeunesse qui est une cible de choix pour Jean-Luc Mélenchon, et pas seulement le monde ouvrier. C’est aussi une candidat qui met en avant l’écologie, hors la question des animaux est ancienne dans ce mouvement-ci et revient en force.

      C’est un discours tout à fait cohérent qu’à Jean-Luc Mélenchon par rapport à ce qu’il souhaite représenter. Et le fait de parler de réduire les protéines animales, de pêche, de viande de qualité, en ajoutant à ça l’anti-capitalisme, etc… rassure plus les personnes qui travaillent dans les domaines de l’élevage, les abattoirs, les poissonneries, etc… Les agriculteurs qui subissent la destruction de leur statuts et de leur métier s’y retrouveraient plus dans une politique comme celle présenté par monsieur Mélenchon. C’est tout bénéfices pour gagner des voix. Il y a plus de gens souffrant de l’ultra-libéralisme et ses conséquences, que de gens qui en profitent. Tant qu’il n’a pas un discours vegan abolitionniste, il a tout à y gagner aux yeux d’un public majoritairement éduqué dans le specisme, et à qui on répète qu’être vegan et abolir la viande, le cuir, etc… serait extrémiste.

      Comme je le disais, c’est intelligent, mais ce n’est peut-être pas ce qu’attendent certaines personnes vegans ou végétariennes qui se sentent séduit par sa candidature 🙂

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *