Individu de « race »… colorée ?

Le 18 octobre 2016, une alerte enlèvement a était diffusé pour retrouver une petite fille enlevée par son père dans l’Isère. Cette diffusion a provoquer des réactions en raison d’une formulation problématique. La description de l’homme contenait le terme « individu de race noire ». Choquée, j’ai voulu écrire là-dessus.

Le 18 octobre au soir, alors que je regardais le film Pompéi de Paul W.S. Anderson, une alerte enlèvement s’est affichée au bas de l’écran. En lisant l’alerte, j’ai remarqué un terme que je croyais appartenir au passé, ou éventuellement aux séries policières américaines. La description de l’auteur de l’enlèvement indiquait un individu de race noire. Il faut bien se rappeler, et c’était indiqué dans le message, que ce message provient du ministère de l’intérieur et a été relayé le plus rapidement possible par les média pour des questions d’efficacité. Le problème avec une telle erreur est qu’elle se répand avec peu ou pas de vérification, puisqu’il y a urgence, des personnes en danger potentiel, mais aussi que cela ne vient pas de n’importe qui. Mais, quel est le problème au juste ? Pour moi et pour d’autres personnes c’est évident, mais pas pour tout le monde, car l’information n’est pas forcément connu de tous.

Les races humaines n’existent pas, et si elles existaient, elles n’auraient pas de rapport avec la couleur de la peau. Ainsi, le problème n’est pas le mot « noire », car il aurait été tout aussi choquant d’écrire « race blanche » dans un tel message. Le problème est bien de laisser penser que le principe des races chez les humains a encore une réalité scientifique. Car en réalité, si à partir du 17ème siècle, une certaine science, plus politique que réellement scientifique poussait une hiérarchisation du vivant allant jusqu’à donner des valeurs aux individus en fonction de leurs origines géographiques et de leur morphologie, les sciences modernes ont démontré que tout ceci n’a finalement aucun sens.

Le racisme n’est pas directement la haine des autres, mais une idéologie se fondant sur l’idée qu’il existe des races chez l’être humain et qu’il y aurait une hiérarchie entre elles. Si cela n’est pas directement une haine des autres, c’est pourtant un bon terreau pour cette dernière et pour que subsiste des oppressions entre les êtres humains. La pensée raciste qui n’est pas limitée à la couleur de peau est très ancienne et se retrouve dans plusieurs cultures du monde. Durant l’antiquité, les peuples se distinguaient entre eux par la couleur des cheveux et des yeux, autant que par la peau, et associaient ces caractéristiques physiques aux tempérament des uns et des autres. C’est l’occasion pour moi de préciser que lorsqu’on prétend que la blondeur des cheveux est un signe de moindre intelligence, ou encore qu’on déclare ne pas aimer les roux, il est bien question de racisme.

Si le racisme aux allures scientifiques fit son apparition en Europe à partir du 17ème et 18ème siècle, avec le médecin et philosophe français, François Bernier, le naturaliste suédois, Carl Von Linné, le médecin, anthropologue et biologiste allemand, Johann Friedrich Blumenbach, c’est avec la colonisation qu’il devient le pilier d’une vision du monde encore aujourd’hui ancrée dans notre culture occidentale. Vision du monde qui justifiait ce colonialisme, mais qui aura, au milieu du 20ème siècle, permis le nazisme, et non pas la théorie de l’évolution de Charles Darwin, ni même le surhomme de Nietzsche. D’ailleurs ces deux personnages célèbres étaient opposés au racisme.

Les sciences modernes nous ont appris que dans l’espèce humaine, il n’y avait pas de race. La génétique par exemple nous montre que les différences entre les groupes humains sont très faibles comparé à d’autres espèces animales. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, la notion de race s’applique à une partie du règne animal, et je dis bien une partie et j’expliquerais pourquoi après 🙂 Chez l’être humain, les différences comme la couleur de peau, de grandes jambes, etc… entre deux personnes représentent un ratio de 1/1000 de leur ADN et ceci peu importe d’où iels viennent sur la planète. D’ailleurs, ces différences génétiques ne proviennent pas d’une absence de tel ou tel gène. Pour parler de race, il faut qu’il y a des gènes propres à un groupe d’individu dans une espèce. D’autres disciplines scientifiques renforce le non-sens des races humaines, et c’est en expliquant pourquoi cela existe dans une partie du règne animal que je vais en donner un autre exemple.

En biologie, la notion de race n’a finalement de sens que dans l’élevage. Ce sont les animaux sélectionnés volontairement au fil du temps qui développent des gènes spécifiques. Ce phénomène ne se retrouve pas chez les animaux sauvages et quand il y a des différences notables, on parle de taxons et au-delà on parle de sous-espèce ou de populations. On peut donc dire que si les races existent, elles ont été inventé par les éleveurs. En quelques sortes, ce qui est une pratique maintenant soutenu par le specisme est ce qui permettrait la matérialisation de ce qui manque au racisme pour devenir valide. En effet, pour qu’il y ait des races humaines, il faudrait donc pratiquer la sélection artificielle des gènes, à la manière de ce qui se fait dans l’élevage. Ainsi, pour se justifier, le racisme a besoin de l’eugénisme, car c’est bien de ça qu’il s’agirait. Je pense qu’il n’y a pas besoin d’en dire plus pour comprendre la porter d’erreurs comme « individu de race noire » dans un message du ministère de l’intérieur, de « race blanche » dans la bouche de personnalités politiques, ou encore de notion de races humaines dans les discours d’intervenants médiatiques.

 

Si vous avez aimé cet article, vous pouvez me faire un don en Ethereum 🙂
Ethereum : 0xab7dD988aD7348C75db90343591596974A435803

2 réflexions sur « Individu de « race »… colorée ? »

  1. Très sympa ton article. J’aimerais cependant y apporter une petite précision, lequel est pourtant déjà fort intéressant au demeurant 😉

    Ma précision concerne la notion d’espèce : On sait aujourd’hui, grâce au paradigme évolutif notamment, que cette notion est erronée. La notion d’espèce étant un principe fixiste, ce sont des lignées en perpétuel changement que l’on observe dans les différents règnes du vivant.

    C’est ce même principe qui est si mal compris par les opposants à la théorie de l’évolution et explique qu’ils s’accrochent au concept de chaînon manquant, le fameux « paradoxe » de l’œuf et de la poule en somme.

    Ce n’est qu’une question de temps avant que la science ne change en ce sens. Il y a aussi des raisons pratiques qui seront tenaces à changer. D’ici là, je doute fort que certains comprennent déjà pour les animaux non humains, alors les animaux humains… :-/

    1. Je ne savais pas que la notion d’espèce était susceptible d’être abandonnée, mais ça ne me surprend pas 🙂 Il est vrai par exemple que notre lignée humaine vient de mélanges entre plusieurs « espèces » humaines (l’expression est surement mal choisit), alors que la notion d’espèce interdit la reproduction interespèce. Et effectivement, d’après ce que j’ai compris à ce sujet, il n’y aurait donc pas eu de premier humain, et c’est vrai chez plein d’autres animaux 🙂
      Léo Grasset en avait parlé dans un épisode de Dirty biology 🙂

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *