La stigmatisation des pauvres et « chômeux » – Partie 1 – Les discours politiques

Que ce soit dans les discours politiques, dans les discussions de repas de familles, ou entre ami.e.s, dans certains média, on peut entendre s’exprimer le rejet et la culpabilisation des pauvres, travailleux ou non, et plus encore des personnes qu’on qualifie de « chômeuses ». Plus que des discours blessants, la réalité des personnes précarisées est d’une violence inouïe. Cela malgré nos moyens humains et techniques.

Avant de commencer cet article, j’apporte une explication sur l’emploi du X à la fin de certains mots comme chômeux, par exemple. Il s’agit d’une proposition de neutralité de genre pour inclure à la fois les personnes s’identifiant plus tôt au féminin ou plus tôt au masculin, et aussi les personnes neutres ou fluctuantes dans leur genre.

Les discours politiques.

Le discours anti-pauvres et plus encore anti-chômeux n’est pas nouveau. On aura probablement tou.te.x.s entendu ce genre d’idée selon laquelle si les gens sont pauvres, c’est parce qu’iels ne travaillent pas, ou encore que les gens seraient peu ou pas motivés à travailler parce qu’il y aurait trop d’assistanat. Tant que ce discours restait épisodique et peu répandu, ce n’était pas bien grave. Mais, lorsqu’il se répand et se répète trop souvent, alors il produit un sentiment de malêtre pouvant malheureusement conduire au suicide parmi les personnes visées. Mais ce n’est pas tout, plus il est partagé, plus il participe à ouvrir des portes à des idées et actes politiques pouvant toucher tout le monde, à l’exception des riches.

Aujourd’hui, le simple propos tenu sans réfléchir de manière anecdotique est devenu une haine prenant des formes idéologiques. Les conséquences se manifestent à la fois sous forme d’attaques de structures sociales, de réformes des minima-sociaux jusqu’à des promesses électorales prônant presque leur disparition. On peut entendre que ne pas travailler assez serait la cause des problèmes de la nation, ce qui ne touche plus seulement les personnes qu’on qualifie de « chômeuse », mais bien toutes les personnes en âge de travailler. Et je dis en âge, même ce principe d’âge légal du travail est remis en question par moment, comme on a pu le voir durant le débat sur la loi El Khomeri.

Durant la campagne présidentielle 2017, on a pu constater qu’à part quelques candidats de gauche, comme le NPA, La France Insoumise ou autres, le sujet de la pauvreté ou du chômage n’a été abordé que pour monter les personnes les uns contre les autres et imposer la vision des « parasites » qui volent l’argent des « plus méritants » à cause d’un système d’assistanat. Les facteurs fondateurs de cette tendance sont la répétition de la croyance selon laquelle les caisses de l’État seraient vides, un chômage de masse qui augmente sans jamais trouver de solution, ou encore une redistribution des richesses totalement inégalitaire et qui ne revient pas aux travailleux.

Les conséquences de cette vision de la société se retrouvent non pas seulement dans la vie personnelle des personnes stigmatisées, mais dans le reste de la société par les choix des électeurices. Les parties ou idées politiques qui surfent épisodiquement ou régulièrement dessus proviennent de la droite dure, et de l’extrême droite. Si les discours de l’extrême droite donnent parfois l’illusion de s’inquiéter du sort des travailleux, ce n’est pas vraiment le cas des personnes qu’on considère comme ne travaillant pas, que ce soit vrai ou pas. Ce qui divise les pauvres en deux catégories, celleux qui travaillent et intéresse la droite de la droite, et celleux qui profiteraient des aides et qu’on doit détester parce qu’iels seraient une des causes de tout les maux. Mais ce n’est pas tout, un autre effet pervers de cette vision est qu’elle entretien l’idée selon laquelle le travail vous libère, le travail vous rend plus fort, le travail vous fait exister. J’en parlerais dans un autre article. Le travail peut tuer ou rendre malade, pas seulement lorsqu’on « en manque ». Les guillemets ne sont pas un hasard, et le prochaine article éclaircira cette utilisation en traitant du langage.

Sources :
– Le Point.fr : En France, le discours anti-pauvres se banalise

2 réflexions au sujet de « La stigmatisation des pauvres et « chômeux » – Partie 1 – Les discours politiques »

  1. Amen.
    J’aimerais que plus de personnes lisent tes lignes.
    La sphère politique rend responsable les gens de leur propre exclusion alors que c’est le système qui en part n’est pas capable d’assurer une équité devant l’emploi. Encore pire, comme tu le dit, on veut faire croire aux gens que le travail te rend « différent » sue tu sers un but plus grand que toi. Celui de la sacro-sainte productivité qui pourtant ne rend strictement rien aux personnes enfermées dans ce schéma. Bien au contraire…

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