Tuer un animal inconscient de ce qui lui arrive et sans personne pour le pleurer

Si nous pouvions tuer un animal sans que ce dernier puisse se voir mourir, se sentir partir, connaître une douleur, et si cet animal n’est lié à aucun autre animal pouvant souffrir de son absence. Est-ce qu’il est acceptable de le tuer ? En d’autres termes, est-il dramatique, que cet animal décède ?

Je voudrais donner mon point de vue sur cette question posée à la 27ème minute d’une interview de Sebastien Arsac (L214) par Tinkerview que je partage ici.

Cette question est difficile, même si au premier abord, en raison de mes sentiments face à la mort et à fortiori la mort des autres que moi, je répondrais automatiquement que oui, c’est un drame. La difficulté est justement dans le fait que ce n’est pas quelque chose qui peut être résolu par ma sensibilité, car d’autres personnes ne la partagent pas nécessairement, et donc il serait difficile, voir impossible d’en tirer une base partageable avec tout le monde dans l’optique d’abolir cette mise à mort. Dans le cas où ce serait ce qu’il faudrait faire. Là encore, c’est aussi le sens de cette question. Faudrait-il s’opposer à cette mise à mort ?

Je considère la vie consciente comme la possibilité de ressentir des expériences. Toutes sortes d’expériences, que ce soit l’expérience perceptive, émotionnelle, intellectuelle, etc… Tant que je suis vivante et consciente, je peux expérimenter. Bien sûr mes expériences peuvent être positives comme négatives. La douleur, le chagrin, la perte de proches, la perte d’un membre de mon corps, la perte d’un sens,  etc… Ainsi, ce qui m’intéresse et m’accroche à la vie est la possibilité de vivre des expériences agréables, du plaisir, du bien-être, une sensation d’équilibre ou d’harmonie. La sensation d’état neutre, est tout aussi intéressante, car elle est au minimum l’absence de souffrance.

Si j’ai envie de donner mon point de vue sur cette question c’est parce que je suis dépressive. C’est une tendance en moi, une fragilité probablement génétique, on ne sait pas vraiment. Toujours est-il que j’ai connu une période de dépression sévère, avec anxiété généralisée. Le matin, je me réveillais avec une boule au ventre. Une boule douloureuse, comme si je devais passer l’examen le plus important de ma vie tout les jours, et qu’il ne fallait jamais le rater. L’anxiété était telle que je devais rester coucher au lit pour ne pas tomber, mes jambes affaiblit par la tension nerveuse liée à l’emballement de mon hypothalamus devenu dysfonctionnel. Est-ce que j’ai eu les fameuses pensées suicidaires ? Oui. Mais, quelque chose me maintenait en vie, et malgré mon énorme état de fatigue, ma perception du réel altérée, je refusais la mort.

Certes je pensais beaucoup à mes proches. Je ne pouvais pas accepter qu’uls souffrent. Mais, comme le sujet concerne un animal qui n’aurait aucune attache avec d’autres, ça ne nous avance à rien. Heureusement, je ne me fondais pas que sur ça. Je ne voulais pas perdre l’occasion d’aller mieux et de vivre de nouvelles expériences, réaliser des projets, des rêves. Est-ce qu’une vache à des projets ? Peut-être bien. En réalité, pour l’instant, nous n’en savons rien. Et c’est bien pour ça que les personnes qui balayent cette question du revers de main, n’ont pas plus raison que nous lorsqu’on pourrait affirmer que les vaches, moutons, poules, etc… ont des projets. D’ailleurs, je vais tout de suite tordre le cou à l’accusation d’anthropomorphisme. Puisque nous ne sommes pas ces animaux, et d’ailleurs puisque je ne peux pas être dans la tête d’unx autre humainx pour m’assurer qu’ul pense vraiment, je ne peux rien affirmer qui permette de justifier qu’on les tue, sans que cela soit un drame ou non.

Je sais que j’avais l’espoir de vivre une vie meilleure. De guérir de cette anxio-dépression sévère et de pouvoir envisager des changements dans ma vie. Je savais qu’il pouvait m’arriver n’importe quoi. Du bien comme du mal, mais que le bien que je pouvais vivre, ou l’enseignement que le mal pouvait m’apporter, étaient des raisons suffisantes pour choisir la vie. Alors, voilà comment je perçois la vie consciente. Comme des opportunités constantes d’expérimenter des sensations, des émotions, des idées, des rencontres, etc… Et même si un animal est orphelin, coupé d’autres animaux, si son environnement permet d’expérimenter des choses agréables, ça peut donc valoir le coup.

C’est d’ailleurs ce point fondamental qui permet de réfléchir aux questions sur l’avortement, la peine de mort, ou l’euthanasie. Pour la peine de mort, c’est plus compliqué, et du coup, je vais plus tôt parler des deux autres sujets. Dans ces sujets de réflexion, on se demande principalement ce que serait la vie d’un enfant naissant dans des conditions peu favorables. Il y a aussi d’autres éléments qui entrent en considération comme dans le cas où la naissance de l’enfant pourrait entraîner la mort de la mère, avec une incertitude sur la survie de l’enfant lui-même. Dans ce cas, préserver la vie de la mère, seule solution la plus sûre, serait la plus part du temps celle qu’on choisirait. Il y a des exceptions, mais je pense que vous comprenez la complexité du problème. Pour l’euthanasie, là aussi le sujet est complexe, mais en tout cas, on peut se demander si cela vaut encore la peine de maintenir en vie quelqu’un d’inconscient qui le restera, ou de conscient et souffrant sans espoir de guérison.

Ainsi, cette question de la mise à mort « propre » de l’animal doit prendre en compte toute la potentialité de cette vie. On prive à l’animal de vivre la seconde qui aurait pu suivre celle qui aura entraîné sa mort. On le prive d’un lendemain avec toutes ces expériences. Peut-être que cet animal avait déjà projeté mentalement cet instant futur qui ne sera pas. C’est l’espoir qui est arrêté. Et pourquoi ? Pour que nous puissions vivre une expérience gustative. Nous nous oublions souvent dans cette réflexion, paradoxalement. Parce que personne n’a le droit de nous priver de cet instant, en nous tuant avant qu’il arrive. Il y a un problème d’égalité du droit à continuer à jouir de sa vie. Un privilège que nous nous arrogeons sur des animaux qui ne peuvent pas échapper à nos plans, à nos systèmes bien huilés. Qu’uls soient conscientxs ou pas, nous par contre, nous le sommes. Qui va devoir porter la responsabilité de cette conscience ? Nous savons ce que nous faisons, et nous nous arrangeons avec ce réel. Nous nous bluffons, nous nous mentons. Voulons-nous nous mentir pour maintenir un privilège ? Alors qu’on peut simplement vivre et laisser vivre.

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