Ma récente dysphorie de genre

La semaine dernière, j’ai eu une dysphorie de genre, comme j’en ai parlé vite fait dans le dernier compte-rendu. J’ai envie, peut-être besoin même, d’en parler ici et aussi de dévoiler quel type de corps me rendrait plus à l’aise avec moi-même. Avant d’entrer dans le vif du sujet, il faut que j’apporte quelques mises en garde. Ce que je vais dire ici, j’ai choisi de l’exposer. Personne ne me l’a demandé. Il n’est pas bienvenu de demander aux gens ce qui est de l’ordre de leur intimité. Transgenre ou non, car dans les deux cas, nous sommes des personnes avec des droits fondamentaux à la dignité et l’intimité. J’expose de ma propre décision quelque chose appartenant à mon intimité, si cela peut faire écho à la vie d’autres personnes et apporter une forme de soutien, tant mieux. Par contre, je ne dois rien à personne, donc je n’accepterai pas qu’on cherche à savoir plus que ce que je veux bien raconter ici. Autre chose enfin. Je suis mal à l’aise avec moi-même. J’y travaille, et malgré ça je m’aime. Ma transidentité n’est pas une fausse piste, une croyance pour compenser un mal être qui aurait d’autres causes. Je ne me sens pas à l’aise avec moi-même pour plusieurs raisons, et l’aspect de mon corps et genre actuel en font parti. Il y a autre chose d’ailleurs qui est liée, mais aussi et surtout à cause de la transphobie de certaines féministes, mais j’en parlerai.

Bah qu’est-ce qui se passe ? Tu as fait une dysphorie ? 🙁

Oui, j’ai fais une dysphorie en fin de semaine dernière. C’était une sensation plus forte que d’habitude de mal être vis à vis de l’image que je renvoie, et que je vois dans ma tête ou dans le miroir. D’habitude, je ne suis pas hyper à l’aise avec mon corps, plus précisément mon genre, mais ça touche mon corps et pas uniquement ma façon de me vêtir. La dysphorie, je m’en rends compte, je la vis plus souvent que juste l’autre jour. Une sorte d’impression latente d’être dans le corps d’un autre et la vie d’un autre. Il me semble avoir déjà parlé de cette impression dans mon article « Mon projet de vie ». Bien sûr, c’est un ensemble de choses qui ne vont pas dans ma vie, qui ne collent pas avec ma personnalité, mon identité. Mais, l’autre jour, j’étais triste, fatiguée, avec un léger désespoir. Je ressentais presque un dégoût de mon corps. Pas un dégoût qui m’aurait poussé à me blesser, mais plus tôt le genre de sensation qu’on a lorsqu’on se dit « Je devrais peut-être faire du sport, faire un régime, changer ceci ou cela ». Ce n’était pas malveillant envers moi-même, et je n’aurai pas souhaité faire quelque chose de mauvais pour ma santé, comme faire un régime drastique. Sauf que au lieu de souhaiter un régime ou du sport, même si ça faisait parti des choses que j’envisageais, il y avait ce désir de modifier mon corps pour être féminine. A l’exception d’une partie, mais j’expliquerai par la suite dans cette article.

Ah mince ! Mais, tu disais que ce n’était pas que physique. Tu as parlé de transphobie ?

Effectivement, ce n’est pas qu’une affaire d’apparence physique, c’est aussi une affaire d’expérience vécue. Encore tout à l’heure, j’y ai repensé et ça ne me mettait pas très bien. Je me sens souvent illégitime dans le féminisme. Je n’arrive pas à me considérer comme vraiment concernée et j’ai peur d’être perçue comme une imposteuse. Personnellement, je ne remets pas en question la légitimité des autres femmes transgenres. Peu importe leur situation actuelle, je pars du principe que je n’ai aucun jugement de valeur à porter à ce sujet. Mais, ce que j’applique comme principe aux autres, je ne me l’applique pas à moi-même. Je ne me sens pas homme du tout, mais je me sais éloignée des oppressions sexistes. Je vis, et on ne s’étonnera plus de ma dysphorie permanente, en tant qu’homme tous les jours parce que je vis dans un endroit et avec des gens pas du tout safes. Je suis considérée officiellement comme un homme, et lorsque je sors, on me dit monsieur au minimum une fois, mais parfois plusieurs fois, car les gens ne savent pas. J’ai le sentiment de jouer un rôle au lieu de vivre ma vie. Quelque part dans ma tête, je sens une désorientation lorsqu’on me dit ça, ou qu’on m’appelle par mon prénom officiel. Je peine à sourire aux gens, je me sens d’ailleurs souvent comme un peu prisonnière de mon corps. Comme-ci j’étais en recul dans le fond de ma tête, et que mon corps me servait de coquille pour ne pas interagir trop directement avec le monde extérieur. Enfin non, pas le monde, mais plus tôt les gens. Bon, il y a sûrement autre chose qui me fait avoir cette sensation dehors. Une neuroatypie, je sais que j’en ai une, mais la nature exacte est encore incertaine.

Bref, je n’expérimente que sur Internet et peu souvent le sexisme. Soit je subis la transphobie directement sur les réseaux sociaux, soit plus rarement, des propos sexistes. Ce n’est pas significatif et je me sens comme une non-concernée qui ne devrait pas savoir ce que c’est. Comme … un homme. Ajoutez à cela les TERFs qui nous exclus des luttes féministes, et des féministes pas spécialement TERFs, mais qui utilisent pas mal le mot femmes pour parler de vagin ou de règles. Et je me sens vraiment illégitime au point de penser que je ne devrais peut-être pas parler. J’ai encore les privilèges masculins, et j’ai peut-être des restes de masculinité toxique, qui sait ? J’espère que non, mais comme je ne me sens pas légitime, j’ai peur de ça. J’ai parfois l’impression que mon passé, qui est encore mon présent, me catalogue et me condamne. Quand il s’agit de me parler de charge mentale que je ferai subir, alors que j’ai une grande fatigabilité liée à un handicap, et qu’à côté de ça on répète que c’est typique des hommes, je ne sais pas si on sous-entend que je ne serais jamais vraiment considérée comme une femme. Parfois il y a des discours, des petites phrases sur Twitter, et ailleurs, qui me font mal. Mais, je me tais, au cas où on me soupçonnerait d’avoir un ego de mec.

Qu’est-ce que tu désirerais être ?

Ce que je suis, ou ce que je désire être. Difficile à dire. Est-ce que c’est un désir uniquement, ou est-ce que c’est juste moi ? Ce qui construit le moi est lié à la fois à ce qu’on a déjà et à ce qu’on désire être et avoir. Le vécu passé mais aussi le fantasme du vécu futur. Je sais que je ne serais jamais heureuse si je ne deviens pas la femme que je désire être. C’est parfois un peu compliquer de parler de ça, parce qu’il y a trop de préjugés. Et surtout des injonctions, même dans le milieu trans lui-même. Je sais que je ne veux pas me faire opérer. Ou bien, à la limite certaines parties du corps, selon ce que je préférerais changer sur moi. Mais, le génital, ça ne me dis rien de le changer. Je vais y revenir, mais je voudrais m’arrêter un instant sur ce désir dont je parle. J’aimerai changer des choses sur mon corps. Le modifier. J’en parle comme quelque chose qui ressemblerait à autre chose qu’un besoin. Je sais déjà que dans quelques esprits étriqués, ça sonne comme un caprice ou un pur fantasme. Comme-ci je consommais mon corps et ses modifications potentielles. Je ne suis pas une chancre du naturel, et suis carrément transhumaniste. Il y a longtemps je critiquais la chirurgie esthétique avec des sophismes comme l’appel à la nature. Je n’étais pas assez mature à l’époque. J’ai l’impression que finalement, en vieillissant, je suis plus ouvertes aux modifications corporelles. Bien que je n’envisage pas les piercings et les tatouages, sauf éventuellement des tatouages magiques sur les bras pour faire de moi une sorcière. Ahah ! Mais en tout cas, je comprends ce que ça peut représenter de procéder à de telles modifications, alors qu’il y a longtemps j’y étais hermétique. Ce n’est pas superficiel, comme le pense les tenant d’une forme de pureté et d’interdit de toucher au corps. Et ce n’est pas parce qu’on est prête à procéder à des transformations, qu’on pense pouvoir faire n’importe quoi, s’intoxiquer avec des substances ou des habitudes délétères. Il ne faut pas tout mélanger.

Alors qu’est-ce que j’aimerai devenir ? Qu’on appelle mon genre « femme » ou autre chose, ce n’est pas si important. Je suis féminine, ou en tout cas c’est ce que je veux exprimer. Pour le reste, appelez-moi « créature » si ça vous chante, tant que c’est bienveillant. J’aime bien aussi en fait. Mon genre peut être nommé autrement que ce qu’on a l’habitude de connaître, mais il est certain que je ne suis pas un homme. Alors, j’ai besoin de ne plus sentir la testostérone le matin, ou le reste du temps d’ailleurs. Soit je sens les œstrogènes, soit je sens les fruits. Je penche plutôt pour l’odeur fruitée. Je ne suis pas contre les poils sur les gens, mais en ce qui me concerne, je n’en veux plus. Je veux être toute lisse, à l’exception des cheveux. Ce n’est pas un conditionnement pilophobe ou sexiste, mais simplement une préférence personnelle. Je n’ai aucun soucis avec les poils des autres. Ça ne me rebute pas. C’est juste ce que je veux être, pour moi-même, pas pour un système ou les autres. Je serais tenter pour changer la couleur de ma peau. Du bleu très clair ? Une sorte de violet clair ? Je ne sais pas, il faudrait que j’ai une idée de ce que ça donnerait sur moi. Je sais que ce serait m’exposer au racisme. Plus encore, une couleur non humaine. Je ne dis pas que c’est génial d’être non-blanche dans un système raciste, mais laissez-moi désirer ce que je veux être sans me prêter des interprétations oppressives ou malaisantes. J’aimerai aussi avoir une poitrine pas spécialement trop grosse, mais pas trop petite non plus. Quelque chose qui ne soit pas gênant pour mes bras ou pour mon dos. Être athlétique, même si un peu ronde. Renforcer mes muscles pour bien me gainer, entre autres. Je ne veux pas être spécialement mince. De toute manière avec l’épaisseur de mes os, ça serait difficile. Les cheveux roux bordeaux foncés et abondants. Et garder ma verge. Oui, la garder parce que je n’ai pas envie de me faire opérer de ce côté là et aussi, j’aime bien ce que mon histoire de personne née XY me permet de créer en matière de corps. Il y a quelque chose d’artistique dans mon rapport à mon corps, à ce qu’il devrait être selon moi. Sans vouloir lui faire du mal. Ma dysphorie ne remet pas, jamais, en question mon histoire. Je suis une femme transgenre, créature dans l’âme, et je le vis très bien. J’ai juste besoin d’être ce que je suis au fond de moi. Cet être avec un corps qui casse les habitudes esthétiques, mais qui est libre d’être ainsi et pas ce qu’un système voudrait que je sois.

Je ne pense pas avoir fait le tour de ce que je pourrais devenir. Je suis ouverte à la découverte de ce qui me séduira à l’avenir. En tout cas, une fois de plus, écrire tout ça me fait du bien, et tant pis si ça en choquera certainxs.

Timidouveg
A propos

Je me présente sur Internet sous les noms Timidouveg et Audrey Skye. Depuis le vendredi 2 septembre 2016, je préfère qu'on me genre au féminin car je suis une personne transgenre non-binaire féminine :) Mes activités se regroupent tous dans la qualité d'artiste, principalement numérique. Je suis à la fois développeuse de jeux-vidéo, vidéaste sur la plateforme Youtube, dessinatrice traditionnelle et militante vegan/féministe/etc... sur les réseaux sociaux. Je suis porteuse d'un handicap invisible qui perturbe mes projets, mais je fais avec et c'est pourquoi vous pouvez qu'en-même découvrir ce blog, mes jeux et ma chaîne Youtube :) J'ai un rythme plus lent que ce qu'on pourrait attendre dans ce monde prit de frénésie. C'est totalement assumé, même si il m'a fallu du temps pour ça :D Je crois avoir dit l'essentiel. Bonne découverte :)

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